A la fin des années 1880, Gustave Eiffel est un homme comblé. Couvert d'honneurs et de décorations, il est devenu une gloire nationale. Seules ombres au tableau : la mort de sa femme Marguerite, emportée en 1877 par une mauvaise bronchite, et sa rupture avec Seyrig, survenue en 1880. Son associé commençait à lui faire de l'ombre !
Depuis 1884, on ne parle que de la prochaine Exposition universelle qui se déroulera à Paris en 1889. Aux ateliers Eiffel, on commence alors à travailler sur un projet de monument exceptionnel. Ce sont deux collaborateurs de Gustave qui ont l'idée d'une tour en métal de 300 mètres de haut. Une idée qui, au départ, ne séduit guère l'ingénieur et à laquelle il se rallie finalement, conscient de son impact.
Rendu public en 1885, le projet suscite dès le départ de violentes oppositions. Le tout-Paris des Arts et des Lettres s'indigne ainsi de l'érection en plein coeur de Paris de « l'inutile et monstrueuse tour Eiffel ». Le « clou céleste », comme l'a surnommé ironiquement l'architecte Charles Garnier, devient rapidement une affaire d'Etat. Outre les intellectuels, Gustave Eiffel doit convaincre la Société des ingénieurs civils, sceptiques sur la faisabilité du projet, la Ville de Paris et les ministères concernés, effrayés par le coût du monument - 3,7 millions annoncés, en fait près du double ! Il doit également se garder des projets concurrents, notamment celui de Jules Bourdais qui a proposé d'ériger une tour de 300 mètres en béton.
Si Gustave Eiffel l'emporte finalement en 1886, c'est grâce à son sens des relations publiques. C'est aussi grâce au soutien d'Edouard Lockroy, ministre du Commerce et de l'Industrie.
TRISTAN GASTON-BRETON est historien d'entreprises.
Les Echos du 25 juillet 2005
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