Sur le plan industriel, la construction de la tour se révèle un tour de force. Commandées à des industriels lorrains, les pièces en fer sont contrôlées aux ateliers Eiffel de Levallois, découpées et percées sur place, expédiées sur le Champs-de-Mars, où elles subissent un nouveau contrôle, et enfin montées. Fondé sur la préfabrication et la standardisation, le chantier peut ainsi avancer très vite.
Commencée en juillet 1887, la construction de la tour s'achève en mars 1889. Elle aura nécessité 6.300 tonnes d'acier, 18.038 pièces, 2,5 millions de rivets, et 3.629 dessins d'exécution. Chantier exemplaire, la tour Eiffel se révèle également une excellente affaire pour Eiffel qui a pris soin de signer tous les contrats à son nom. Au terme du contrat de concession conclu en 1887 avec l'Etat et la Ville de Paris, l'entrepreneur se voit confier l'exploitation du monument pour une durée de vingt ans.
Dès 1888, Gustave Eiffel crée la société anonyme de la tour Eiffel à laquelle il transfère tous ses droits et dont il revend la moitié du capital à la Banque Franco-Egyptienne. La transaction lui rapporte 2,5 millions de francs.
Gustave perd-il alors le sens de la mesure ? En 1887, alors que le chantier de la Tour battait son plein, Gustave Eiffel avait signé avec Ferdinand de Lesseps un gigantesque contrat de 120 millions de francs pour la réalisation des écluses et du canal de Panama. L'année suivante, il a déjà encaissé près de 17 millions de francs à titre d'acomptes, somme qui grimpera bientôt à 72 millions de francs. Et ce n'est pas tout.
En 1889, il transforme la firme Eiffel & Cie en société anonyme et cède une partie de ses actions à des banques pour 1,5 million de francs. Le montant de ses dépenses personnelles donne alors le tournis: achats massifs de titres, acquisition d'un hôtel particulier rue Rabelais et d'une propriété à Sèvres, des dizaines de milliers de francs presque chaque jour pour l'achat de tableaux et de meubles de prix. Conscient de sa valeur, il multiplie les projets pharaoniques et sans suite - observatoire sur le mont Blanc, tunnel sous la Manche, canal Don-Volga... - cherchant même - sans succès - à se faire élire sénateur de la Côte-d'Or. Rien ne semble devoir l'arrêter.
TRISTAN GASTON-BRETON est historien d'entreprises.
Les Echos du 25 juillet 2005
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